L’eau virtuelle

La consommation d’eau virtuelle, est, contrairement à son nom, bien réelle. 

Le créateur du concept d’eau virtuelle s’appelle John Anthony Allan.  Il est professeur de géographie au King’s College de Londres et il utilise pour la première fois cette notion dans les années 90 (1) pour démontrer le lien entre activités commerciales et pénurie d’eau au sein d’un pays. 
Concrètement, l’eau virtuelle c’est l’eau utilisée pour la production d’un bien de consommation. Pour calculer l’eau virtuelle d’une simple tasse de café, il faut prendre en compte tous les processus qui ont servi à créer le café : la culture, la récolte, la torréfaction, et même l’exportation. Donc une tasse de café de 125ml serait en réalité égale à 140 litres d’eau consommés (2)

John Anthony Allan est arrivé au concept d’eau virtuelle en analysant le cas du Moyen-Orient. Il a remarqué que la région ne possédait pas une grande ressource en eau et était même en situation de stress hydrique (1).  La région a petit à petit augmenté ses importations de produits gourmands en eau, comme les céréales (3). En important ces biens qui consomment beaucoup d’eau, la région évitait de puiser dans ses réserves locales. Le Moyen-Orient a donc déplacé sa consommation vers un pays possédant une plus grande ressource en eau, diminuant ainsi son risque de pénurie. 

C’est alors que la notion de commerce d’eau virtuelle est entrée en jeu : les échanges de biens sont quantifiés de cette façon. Cette eau virtuelle est transférée des pays riches en eau vers les pays en pénurie. Ce concept est devenu essentiel dans la gestion des échanges internationaux. 

Et, pour calculer toute cette eau virtuelle, il y a aussi un indicateur indispensable qui est, l’empreinte eau. 

À garder en tête : 20% de l’eau utilisée dans le monde est virtuelle. Elle est utilisée pour les échanges entre pays de biens agricoles (céréales, thé, café, cacao…) ou industriels (4).


L’empreinte eau 

Depuis des années nous nous efforçons de réduire notre empreinte carbone, ou notre empreinte écologique. Mais nous connaissons encore peu l’empreinte eau. Ce concept est arrivé peu après celui d’eau virtuelle. 
Créé par le professeur Arjen Y. Hoekstra de l’UNESCO-IHE(5) en 2002, l’empreinte eau est un indicateur qui mesure le total d’eau douce utilise pour produire directement ou indirectement un bien.

Avec cette mesure, nous pouvons donc comprendre de façon précise les impacts environnementaux de différents produits ou de différentes productions. Par exemple, la production de viande demande une consommation d’eau énorme… et a donc un fort impact environnemental : 1kg de boeuf équivaudrait à 15 500 litres d’eau. (2)
Cette mesure est complémentaire de l’empreinte écologique et carbone, dans la mesure où ces deux dernières ne prennent peu ou pas en compte l’impact des activités humaines sur l’eau. Elle permet aussi d’indiquer clairement la quantité d'eau consommée par un pays en particulier.

L’indicateur de l’empreinte eau peut aussi permettre de mettre en avant le niveau de stress hydrique des pays qui importent des produits possédant une forte empreinte eau.

Bon à savoir : En France, nous possédons une empreinte eau dédiée à la production de 90 milliards de m3 d’eau par an. Cette eau est essentiellement utilisée pour les cultures agricoles, à hauteur de 86%.Un français possède une empreinte eau de 1.786 m3 par an. (6)

Sources : 
(1)  Le concept paraît dans son papier : ‘Virtual water’: a long term solution for water short Middle Eastern economies? publié en 1997. Université de Leeds.
(2) The water footprint of food - Water For Food - p.54 - rédigé par le professeur Arjen Y. Hoekstra, Twente Water Centre, Université de Twente, Pays-Bas.
(3) The Middle East water question : hydropolitics and the global economy, Londres, I.B. Tauris, 382 p.
(4) Article : L’eau Virtuelle ou l’eau nécessaire à la production d’un bien de consommation - Centre de l’information sur l’eau - cieau
(5) Le concept créé par le Professeur Arjen Y. Hoekstra est par la suite développé par l’Université de Twente aux Pays-Bas, il est décrit en détail dans le Water Footprint Manual.
(6) L’empreinte eau de la France - étude initiée et financée par WWF-France et menée par l’Université de Twente (Pays-Bas). 2012. p.4